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Octobre 2008 : Jean-Louis Tourné

Jean-Louis Tourné

Albiana : Les saints et les morts que vous publiez dans la collection NERA est-il votre premier roman ? Quelle en est sa genèse ?

Jean-Louis Tourné : Un rêve. Je sais, cela peut sembler bizarre. C’était une vision assez angoissante d’ombres perdues dans le brouillard d’une clairière en automne. D’ombres avec des armes à feu.

 

Albiana : C’est donc un polar, un roman policier avec une enquête, des inspecteurs, des meurtres, des mensonges, l'appât du gain... mais, c’est aussi un vaste portrait de la Corse, des Corses.

 

Jean-Louis Tourné : C’est aussi un livre d’amour pour une Corse secrète, automnale, bien loin des clichés habituels.

 

Albiana : Vous abordez le thème du déracinement et de la réappropriation. Vous décrivez aussi la Corse de villages, la beauté des paysages et des lumières automnales et hivernales... Dites-nous votre rapport à la Corse.

 

Jean-Louis Tourné : C’est mon point d’attache et mon ancrage. J’ai passé les 20 dernières années hors de France et mon lien avec la France, c’est par la Corse qu’il passe.

 

Albiana : Les saints et les morts est-il un roman à clef ? Un roman identitaire ?

 

Jean-Louis Tourné : Non. Certainement pas un roman à clef. Il ne s’agit pas d’une description d’un microcosme où untel ou unetelle pourrait se reconnaître. C’est un roman vaste qui brasse toute une réalité de la vie en Corse.

 

Albiana : La trame policière de Les saints et les morts repose sur le problème de l’indivis. Expliquez-nous ce particularisme corse.

 

Jean-Louis Tourné : Les Arrêtés Miot, datant de l’Empire, permettent d’éviter les droits de succession si la succession elle-même n’est pas déclarée. Le mécanisme pouvant se reproduire sur plusieurs générations, on trouve des terrains ou des immeubles dans une indivision de fait avec plusieurs dizaines voire dans certains cas une centaine, de bénéficiaires. Il est certes possible de préserver un patrimoine mais la cohabitation, pas toujours évidente, entre ces multiples héritiers mène souvent, en fait, à une lente dégradation des biens.

 

Albiana : « Vies de rien. Gens de peu. Rien qui vaille la peine qu’on s’en souvienne. Souffrances et plaintes muettes. Le sanglot du matin au bord des lèvres. Le chant sacré comme seul exutoire. Loin, loin des rivages ensoleillés de l’été. » Trouvez-vous qu’effectivement on parle peu, sinon pas de cette Corse là ?

 

Jean-Louis Tourné : Ce roman est un regard. Un regard sur différentes couches de la population d’un village. Des personnages très différents, qui parfois se haïssent, mais qui partagent un passé, un ancrage commun. Qu’est ce qui sépare des gens qui pourtant sont liés par la mémoire ? Qu’est qui au contraire rapproche des gens qui devraient s’ignorer ?

 

Albiana : Comme votre roman balaye une vaste partie de la société corse nous nous trouvons aussi en face des on-dit, des malversations politico-économiques, de mal-être de la jeunesse, des perspectives d’avenir floues... Comment analysez-vous la réalité corse d’aujourd’hui ?

 

Jean-Louis Tourné : Il me semble que nous sommes tous confrontés à un dilemme. Que faire de tout ce passé, de toute cette mémoire ? Comment rester fidèle aux nôtres, à nos valeurs, bref à ce que nous sommes fiers d’être ? Comment en même temps, avancer, changer, ce qui signifie, sans doute, oublier, aussi ? On en revient à l’héritage mais comment nous transformer si c’est pour abandonner les richesses que nous avons reçues de nos ancêtres ?

 

Albiana : Pour en revenir à l’aspect « roman policier » de Les saints et les morts, comment naît une telle démarche d’écriture ? Quelles sont les particularités du roman noir qui ainsi attirent un romancier ?

 

Jean-Louis Tourné : Le roman noir est un merveilleux outil qui permet de montrer toute une société, d’examiner des problèmes mais également d’écrire une histoire qui engage le lecteur. Parce que c’est tout de même l’essentiel : une trame qui prend, une intrigue qui fait passer un moment intense. Dites moi, cette histoire vous a t’elle fait passer un bon moment ?

 

Albiana : Oui, un très bon ! La collection NERA commence à devenir significative et riche de nombreux univers différents du polar... Vous y reverra t-on ?

 

Jean-Louis Tourné : Je l’espère vivement. J’ai été très honoré d’être ainsi choisi pour la collection NERA. Mais, à la fin du fin, la réponse appartient aux lecteurs car j’espère que ce roman leur fera passer un bon moment.  

 

Le livre : Les saints et les morts

 

Tous les titres de la collection Nera

(polars et romans noirs made in Corse)




Dernière mise à jour: 12/03/2010