EXTRAITEXTRAIT :
« James Lovell arpentait les collines au-dessus du terrain. Il y découvrait des plantes sauvages étalées ou buissonnantes dont il ignorait le nom mais qui lui rappelaient cette végétation de la campagne proche de Sacramento, en Californie, où il avait effectué son entraînement de pilote. Au loin, vers le centre de l’île, se découpaient des montagnes hautaines aux parois enneigées. L’idée de la Californie s’imposa encore à lui avec son altière Sierra Nevada si proche de la mer.
Pour franchir une crête, il contourna un bosquet de chênes-liège, se glissa entre deux rochers et parvint au sommet.
Sa respiration s’arrêta.
Là-bas, tout en bas, ce foulard bleu, c’était elle ! Elle lui apparaissait, comme la veille avec sa grâce inattendue de plante sauvage dans ce champ verdoyant où ses brebis figuraient autant de pâquerettes épar-pillées.
Son cœur battit plus vite.
Hier elle avait disparu sous son aile. Aujourd’hui, non.
Pour s’amuser et se ravir, il masqua la silhouette de Maria Santa de sa main tendue devant ses yeux à la manière d’une aile, en même temps qu’il imitait le bourdonnement d’un moteur. Sa main avança lentement, Maria Santa reparut dans la vallée. Il recommença, elle disparut, puis reparut encore.
Il se piqua à ce jeu.
¾ Appeared, diseappeared, appeared, diseap-peared, disait-il à chaque fois en souriant aux anges et sans omettre de cesser son vrombissement de moteur.
Un frôlement de branchages le fit sursauter.
Un chasseur en guêtres de cuir et fusil à la saignée du bras le considérait d’un air aussi étonné que tristement interrogateur.
Lovell tenta de se donner une contenance mais l’autre tourna prudemment les talons en hochant la tête comme quelqu’un de profondément navré. » |