Extrait :
Me croiriez-vous si je vous disais que la Corse est une terre oubliée ?
Difficile à croire, n’est-ce pas, si l’on songe à ces plages impitoyablement enserviettées durant l’été par des vacanciers vêtus de leurs seuls coups de soleil. Difficile à imaginer lorsque l’on voit les trottoirs de Bastia ou d’Ajaccio martelés par les talons aiguilles des élégantes, toutes blondes, toutes tintinnabulantes sous le poids de leurs bijoux en or.
Et pourtant, il suffit de regarder la Corse pour s’apercevoir qu’elle est la demeure d’un être, d’une entité gigantesque dont la présence imprègne l’île toute entière. Du coeur de la Corse, à Vizzavona, elle étend ses bras dans toutes les directions, à travers les montagnes, par-delà les rochers.
La forêt se coule ainsi dans chaque interstice du paysage, dans chaque fissure de roche. Les arbres se touchent, les branches se parlent et l’on voit ainsi cet être qui remplit tout l’espace des montagnes, tapi là, à attendre.
À attendre quoi ? Peut-être rien. Peut-être l’hiver.
Car c’est l’hiver que la forêt respire. L’hiver commence