DESCRIPTIFUn recueil de poèmes en corse est déjà un événement en soi.
Lorsqu’il émane d’un des auteurs de la jeune garde littéraire, c’est avec une curiosité redoublée que l’on le reçoit, pour l’inspiration et pour l’utilisation de la langue dont on se doute qu’elles ne seront pas anodines.
Cinq opus composent l’œuvre qui rassemble des poésies écrites au tournant de ce siècle (1999-2001).
Le premier Versi Ispanichi comprend des poèmes inspirés par les nuits espagnoles, entre bringue, fantasmes, personnages et lieux incomparables. Un parfum de libération et de joie y souffle souvent, à la démesure de ce qu’est la culture espagnole d’aujourd’hui.
A notti di i bàrbari, l’opus suivant, est une gerbe de textes arrachés à la stizza du poète démuni face à la noirceur du monde, à sa violence, aux démissions, aux lâchetés… Un portrait au couteau sans compromis, avec la rage comme compagne.
Le troisième volet, par un détour du côté des personnages de Dostoïevski – grand contempteur de l’humanité en déshérence – confirme que l’homme est son propre prédateur et que là sans doute réside son irrévocable destin (Parichji Dimonia).
Avec I versi sputriti, variation sur les thèmes « interdits », malséants, « politiquement incorrects » de la société corse et au delà de la société humaine, l’auteur joue des armes de la provocation, de l’ironie et de l’humour pour piquer là où ça fait mal.
Armes qui servent de nouveau dans le cinquième et dernier opus, I versi di u zotticu, recueil de fantaisies sur le droit à la poésie sans limites de langue ni de langage.
Le coup porte d’autant mieux que l’ensemble peut se lire comme un hymne à la libération de la parole, à la liberté d’écrire et de penser. Un coup comme seuls les poètes savent en donner. Parce que leur parole est notre espoir.
Une série de photos en noir et blanc d’Anna de Tavera, prises en Espagne et d’ailleurs, accompagnent les poèmes et combinent avec bonheur leur inquiétante grâce, dans la recherche commune des instants où l’on peut douter de l’humanité de l’homme. |