Parmi les centaines d’ouvrages parus depuis le début du Riacquistu, dans les années 70, quelques-uns font figure de référence. Le Cantu nustrale est sans conteste l’un d’entre eux. Publié pour la première fois en 1981, dans l’idée de constituer un recueil à l’usage des professeurs de corse qui manquaient cruellement d’outils, l’ouvrage s’est très vite transformé en un pilier de la culture renaissante.

On peut avancer deux ou trois raisons majeures à ce succès, certaines culturelles, d’autres plus politiques. Mais sans doute, avant tout, la qualité et la variété des chants présentés en sont-elles les clefs. Le répertoire « traditionnel » n’est en effet pas cantonné aux chants immémoriaux (voceri, nanne, lamenti…) que les prédécesseurs de Ghjermana de Zerbi ont transcrits dès le début du XIXe siècle (Tommaseo, Benson, Viale…) et jusqu’à la première moitié du XXe siècle (Fée, Marcaggi et Tomasi pour les plus connus). Il est complété de nombre de chants festifs, d’amour, de travail, électoraux, etc., charriés eux aussi par la tradition et qui démentent l’idée d’un peuple engoncé dans le drame et les ténèbres. Ce répertoire n’est pas non plus uniquement issu du recueil ethnomusicologique des pionniers Félix Quilici et Wolfgang Laade. Il est le reflet authentique et sincère de ce que « le peuple corse chante… » depuis les temps les plus reculés et continue de chanter depuis le regain culturel.

Les passionnés y trouvent donc, au-delà de la « tradition », les « classiques » des chantres du cabaret corse (Antoine Ciosi, les frères Vincenti et tant d’autres) et les chants de la tradition en marche incarnés par les pionniers de Canta u Populu Corsu, notamment. L’auteure y a fourni aussi les informations, le contexte et les variantes qui classent l’ouvrage dans la catégorie des anthologies.

Réédité en 2009, avec les partitions reprises et rehaussées des accords de guitare, l’ouvrage demeure aujourd’hui, plus que jamais, un indispensable de toute bibliothèque corse.

 

 

U cantu nustrale

Ghjermana de Zerbi